Manifeste pour un Internet libre
Internet devait nous rapprocher, nous permettre de créer, d’apprendre, de discuter et de participer au monde sans devoir demander la permission à une poignée d’entreprises. Une grande partie de cet idéal existe encore. À nous de choisir de le faire vivre.
Internet devait nous rapprocher
Internet devait permettre à chacun et chacune de publier, de créer, d’apprendre, de discuter, de découvrir et de participer au monde.
Puis, tranquillement, nous avons laissé une grande partie de cet Internet se concentrer entre quelques mains.
Nos conversations sont devenues des données. Nos relations sont devenues des produits. Notre attention est devenue une marchandise.
Nos communautés sont devenues dépendantes de plateformes dont les règles, les algorithmes et les intérêts peuvent changer du jour au lendemain.
Nous pensons qu’un autre Internet est possible.
Et surtout, nous savons qu’il existe déjà.
Internet n’a pas besoin d’un propriétaire
Le Web fonctionne parce qu’il repose sur des standards ouverts.
Personne ne possède le courrier électronique. Personne ne possède le Web. Personne ne devrait posséder l’espace où nous échangeons collectivement.
Pourtant, une immense partie de nos communications numériques dépend aujourd’hui de quelques plateformes centralisées.
Lorsque nous utilisons ces plateformes, nous ne choisissons généralement ni leurs règles, ni leurs algorithmes, ni la façon dont notre attention ou nos données seront utilisées.
Nous pouvons accepter cette situation comme une fatalité. Ou nous pouvons construire autre chose.
Le Fédiverse : plusieurs maisons, une même conversation
Le Fédiverse repose sur une idée finalement très simple.
Au lieu d’un immense réseau social contrôlé par une seule entreprise, il existe une multitude de serveurs indépendants capables de communiquer entre eux.
Ces serveurs sont appelés des instances. Libre Social en est une.
Une personne inscrite sur Libre Social peut suivre et discuter avec quelqu’un sur une autre instance Mastodon, sans avoir à créer un compte au même endroit.
C’est un peu comme le courrier électronique: une adresse chez un fournisseur peut communiquer avec une adresse chez un autre.
Cette capacité des différentes instances à communiquer entre elles s’appelle la fédération.
Derrière ce concept technique se cache quelque chose de profondément politique: personne n’a besoin de contrôler l’ensemble du réseau pour que le réseau fonctionne.
Mastodon n’est pas un nouveau Facebook
C’est probablement l’une des choses les plus importantes à comprendre.
Mastodon n’est pas une entreprise qui cherche simplement à remplacer Facebook, X ou Instagram.
Il n’existe pas un siège social possédant tous les comptes Mastodon du monde.
Il n’existe pas un patron pouvant décider demain de modifier les règles de tout le réseau.
Il n’existe pas une seule base de données contenant tout le monde.
Mastodon est un logiciel libre que différentes communautés peuvent installer, adapter et administrer elles-mêmes.
Libre Social utilise cette technologie. Une autre communauté peut utiliser la même technologie avec d’autres règles, une autre culture et une autre façon de fonctionner.
Et malgré ces différences, nous pouvons continuer à communiquer.
C’est la décentralisation.
La décentralisation n’est pas seulement technique
La décentralisation signifie qu’aucune organisation ne possède à elle seule l’ensemble du réseau.
Cela rend certaines choses moins simples. Il faut parfois choisir une instance. Il faut apprendre quelques concepts nouveaux. Les règles peuvent varier d’un serveur à l’autre.
Mais cette complexité est aussi une forme de liberté.
Une communauté peut décider de ses propres règles. Une instance peut refuser de fédérer avec un serveur qui tolère le harcèlement ou la haine. Une autre peut expérimenter de nouvelles façons de fonctionner.
Si une instance disparaît, le réseau continue d’exister. Il n’existe pas un seul interrupteur capable d’éteindre tout le Fédiverse.
La décentralisation répartit le pouvoir.
Et répartir le pouvoir est rarement une mauvaise chose.
Le logiciel libre est un choix de société
Le logiciel libre ne signifie pas simplement « logiciel gratuit ».
Il signifie que le code peut être étudié, modifié, amélioré et partagé selon les libertés accordées par sa licence.
Cela permet à des personnes et à des communautés de mieux comprendre les outils qu’elles utilisent et de ne pas dépendre entièrement d’une entreprise pour leur fonctionnement.
Linux. Mastodon. Firefox. Nextcloud. Matrix. Et des milliers d’autres projets.
Ils démontrent qu’il est possible de construire la technologie autrement.
Pas nécessairement pour maximiser la valeur d’une entreprise. Pas nécessairement pour enfermer les utilisateurs dans un écosystème.
Mais pour répondre à un besoin, partager un outil et permettre à d’autres de le faire évoluer.
Le logiciel libre est imparfait. Il peut manquer de ressources, demander davantage d’apprentissage ou parfois être moins jolie visuellement qu’une solution commerciale.
Mais il porte une idée essentielle: les outils numériques peuvent appartenir davantage à celles et ceux qui les utilisent.
Nous ne voulons pas être un produit
Sur beaucoup de grandes plateformes, le service semble gratuit. Mais l’entreprise doit malgré tout générer des revenus.
La ressource la plus précieuse devient alors souvent notre attention.
Plus nous restons longtemps devant l’écran, plus une plateforme peut nous montrer de publicité, recueillir des informations ou chercher à influencer notre comportement.
Les systèmes de recommandation peuvent apprendre que la colère, la peur, le conflit et l’indignation retiennent efficacement notre attention.
Cela ne signifie pas que chaque entreprise technologique est malveillante.
Cela signifie que certains modèles économiques créent des incitatifs qui ne correspondent pas toujours au bien-être des personnes ou des communautés.
Libre Social refuse cette logique: pas de publicité, pas de vente de données et pas de course à l’engagement.
Une petite communauté peut être une force
Sur Internet, nous avons pris l’habitude d’associer le succès aux millions d’utilisateurs.
Nous pensons autrement.
Une communauté de vingt personnes peut avoir énormément de valeur. Une communauté de cent personnes peut créer des liens extraordinaires.
Nous n’avons pas besoin de devenir gigantesques pour exister.
Libre Social ne cherche pas à devenir le prochain grand réseau social. Il cherche à être un bon réseau social.
Un endroit humain. Un endroit où l’on reconnaît des noms. Un endroit où la modération peut encore avoir un visage.
Un endroit où la technologie reste au service des personnes plutôt que l’inverse.
La liberté sans responsabilité n’est pas la liberté
Défendre un Internet libre ne signifie pas défendre un Internet sans règles.
La liberté d’expression n’oblige personne à offrir une plateforme au harcèlement, à la haine ou à la violence.
Une communauté libre doit pouvoir décider de ce qu’elle accepte chez elle.
La décentralisation permet précisément cela.
Chaque instance peut établir ses règles. Chaque communauté peut choisir avec qui elle souhaite fédérer. Chaque personne peut choisir l’endroit qui correspond le mieux à ses besoins et à ses valeurs.
Nous préférons une liberté accompagnée de responsabilité, de respect et de solidarité à une conception de la liberté où les plus agressifs finissent simplement par faire taire les autres.
Partir des géants du Web n’est pas une obligation
Nous ne croyons pas à la pureté numérique.
Il est aujourd’hui extrêmement difficile de vivre complètement à l’extérieur des grandes plateformes technologiques.
Nos familles y sont. Nos employeurs les utilisent. Nos écoles les utilisent. Nos amis les utilisent.
Changer nos habitudes prend du temps.
L’objectif n’est donc pas de culpabiliser les personnes qui utilisent Facebook, Google, Apple, Microsoft ou d’autres services commerciaux.
L’objectif est de rappeler qu’il existe aussi des alternatives.
On peut commencer doucement.
- installer un logiciel libre;
- créer un compte Mastodon;
- utiliser un service indépendant;
- héberger quelque chose soi-même;
- choisir un outil respectueux de la vie privée lorsqu’une bonne alternative existe.
Chaque petit déplacement réduit un peu notre dépendance.
La souveraineté numérique commence localement
Nous parlons souvent de souveraineté numérique comme s’il s’agissait uniquement d’un enjeu pour les gouvernements.
Mais elle peut aussi commencer à très petite échelle.
Une personne qui héberge son propre service. Une communauté qui administre son propre réseau social. Une organisation qui choisit un logiciel libre plutôt qu’une plateforme fermée. Un groupe qui conserve davantage de contrôle sur ses données.
Libre Social représente une minuscule parcelle de cette idée.
Un serveur au Québec.
Une petite communauté.
Un logiciel libre.
Des décisions prises localement.
Ce n’est pas une révolution spectaculaire. C’est peut-être mieux ainsi. Les changements durables commencent souvent par des gens qui décident simplement de faire les choses autrement.
Le Fédiverse n’a pas besoin de devenir dominant
Nous ne savons pas si Mastodon ou le Fédiverse deviendront un jour des réseaux utilisés par des centaines de millions de personnes.
Et ce n’est peut-être même pas souhaitable.
Le véritable succès du Fédiverse pourrait être ailleurs.
Démontrer qu’un réseau social peut exister sans propriétaire unique.
Démontrer que des milliers de communautés indépendantes peuvent communiquer grâce à des standards ouverts.
Démontrer que nous pouvons créer des espaces numériques qui ne dépendent pas entièrement des intérêts commerciaux d’une poignée de multinationales.
Démontrer, finalement, que nous avons encore le choix.
Notre choix
Libre Social choisit un Internet:
Nous savons que ces choix ne sont pas toujours les plus faciles.
Ils demandent parfois plus de temps. Plus d’apprentissage. Plus de responsabilités.
Mais ils permettent aussi quelque chose de précieux: reprendre un peu de contrôle sur notre vie numérique.
Une petite maison dans un immense réseau
Libre Social n’est qu’une petite instance dans un immense réseau.
Et c’est justement toute la beauté de la chose.
Nous n’avons pas besoin de posséder Internet.
Nous avons simplement besoin de pouvoir y construire
notre maison.
Bienvenue dans la nôtre.